A EMC World, il aura cette année été beaucoup question de logiciel qui prend une part de plus en plus important dans la gestion et le stockage des données. Comme l’a expliqué Rich Napolitano, le patron des systèmes de stockage milieu de gamme d’EMC, la firme n’entend pas cesser d’investir dans l’innovation matérielle. Mais, au cours des années à venir, une large partie des innovations proviendra du logiciel qui motorise les baies et des logiciels périphériques à ces baies.

Rich Napolitano lors de la démonstration de l'appliance virtuelle VNX à EMC World 2013.

Rich Napolitano lors de la démonstration de l’appliance virtuelle VNX à EMC World 2013.

Pour donner un exemple des innovations logicielles récentes développées par EMC, Napolitano a notamment expliqué que la clé de l’exploitation des disques Flash dans les baies VNX avait été la technologie FAST. « Lorsque des centaines de VM tentent d’accéder simultanément à un système de stockage, la complexité et la diversité des applications nécessitent un niveau d’automatisation élevé pour garantir la qualité de service ». Pour Napolitano, il n’est plus possible à l’heure de la virtualisation de gérer à la main et de façon fixe l’allocation des ressources des baies de stockage. « L’infrastructure doit s’adapter dynamiquement aux besoins des applications. Les algoritmes de FAST sont la réponse d’EMC à ce problème. Ils permettent dynamiquement de détecter quelles sont les données les plus accédées et de les positionner en pritorité sur la flash afin de répondre aux besoins de performances, mais aussi de déplacer les données inactives sur des disques capacitifs lents et donc moins coûteux ».

Pour appuyer son propos, Napolitano a aussi fait la démonstration sur scène d’une baie VNX de prochaine génération (tout en indiquant en souriant qu’il ne s’agissait ni d’une annonce ni d’une promesse en matière de roadmap). Pour cette génération, a-t-il expliqué l’innovation logicielle a été déterminante dans l’accroissement des performances. EMC a ainsi réécrit le logiciel d’exploitation de prochains VNX pour lui permettre de tirer parti au maximum de la Flash et des capacités multi-cœurs des processeurs modernes. Le résultat est impressionant puisqu’une baie de stockage bi-contrôleur (soit 4 processeurs octo-cœurs au total) de nouvelle génération a atteint un score supérieur à 1 Md’IOPS avec une latence inférieure à 1ms.

De futures baies VNX pourront accueillir des services virtuels comme le filtrage antivirus, des version virtuelles de VPlex ou Recoverpoint  et plus encore comme la base de données MySQL (cliquer l'image pour agrandir)

De futures baies VNX pourront accueillir des services virtuels comme le filtrage antivirus, des version virtuelles de VPlex ou Recoverpoint et plus encore comme la base de données MySQL (cliquer l’image pour agrandir)

Une autre innovation « logicielle » est l’aptitude de ces futures baies à faire tourner des services logiciels additionnels comme un filtre antivirus (McAfee et Forefront faisaient parti du catalogue), une version virtuelle des  appliance RecoverPoint , Vplex et Cloud Access. EMC a également mentionné la possibilité de faire tourner MySQL sur la baie, au plus proche des données. Napolitano s’étant refusé à tout commentaire, il faudra attendre la rentrée pour voir si ces nouvelles fonctions font leurs chemin dans les futurs produits du constructeur. Notons pour terminer sur le sujet VNX, qu’EMC a aussi fait une démonstration d’une baie virtuelle VNX sur un serveur Lenovo virtualisé avec VMware et a invité les participants à revenir l’an prochain à EMC World pour un lancement plus officiel.

ViPR : Le Software Defined Storage par EMC

Un autre axe de développement logiciel fort pour EMC est le Software Defined Storage, une approche qui vient s’intégrer avec la stratégie de Software Defined DataCenter de VMware. A l’occasion d’EMC World, EMC a ainsi dévoilé ViPR, une plate-forme logiciel conçue pour faciliter l’automatisation du stockage, faciliter son administration, mais aussi étendre les capacités des baies de stockage.

ViPR est une plate-forme 100% logicielle qui se présente sous la forme d’une série de machines virtuelles Vmware en cluster. Le logiciel agit comme une couche d’abstraction pour les baies de stockage sous jacente et permet de les gérer comme des pools de stockage (de la même façon que VMware permet d’abstraire un ensemble de serveurs comme un pool de ressources matérielle sur laquelle les VM s’exécutent). ViPR est livré avec un ensemble de connecteurs qui permettent de piloter les baies sous-jacentes (VNX, VMA, Isilon, Vplex, Atmos et même NetApp) et de constituer des pools de stockage par classes de services. L’intérêt de ViPR par rapport à une appliance de virtualisation traditionnelle est qu’elle permet de découpler la gestion de l’infrastructure (le plan de contrôle) du stockage des données lui même (le plan de données) qui reste l’apanage des baies.

ViPR va permettre de simplifier l'administration du stockage et de rendre son utilisation plus flexible en créant une couche d'abstraction, d'administration et de services avancés au dessus de systèmes de stockage hétérogène

ViPR va permettre de simplifier l’administration du stockage et de rendre son utilisation plus flexible en créant une couche d’abstraction, d’administration et de services avancés au dessus de systèmes de stockage hétérogène

Ce faisant ViPR permet aux administrateurs de dissocier la gestion du stockage du stockage lui même. Cela permet par exemple de confier à ViPR l’allocation automatique de ressources aux applications en fonction de règles pré-définies, de la même façon que Vmware permet de positionner automatiquement des VM sur des ressources serveurs adaptées. En séparant control plane et data plane, ViPR permet aussi aux administrateurs de centraliser les fonctions d’administration tout en laissant les applications accéder directement au stockage (Pour les services en mode blocs et en mode fichiers, ViPR n’est pas dans le chemin de données contrairement aux plates-formes de virtualisation proposés par IBM, Hitachi ou NetApp).

ViPR propose également des services de données avancés qui viennent enrichir les capacités des baies de stockage sous-jacentes (l’appliance est alors dans le chemin de données). Par exemple, ViPR fournit des services de stockage en mode objet compatible avec les API Amazon S3, Openstack Swift ou Atmos au dessus des baies de stockage en mode fichiers qu’il sait piloter (typiquement les baies VNX, Isilon ou NetApp). ViPR supporte enfin le système de fichier HDFS 2.0 au dessus de ces mêmes baies. Comme l’explique le constructeur, ces services intelligents devraient s’enrichir progressivement, et il sera même possible à des tiers de venir enrichir la plate-forme . Les APIs de ViPR ont été publiées par EMC est sont ouvertes afin de permettre à des entreprises, des intégrateurs, des fournisseurs de services ou des acteurs du cloud de fournir de nouveaux services à leurs clients ou utilisateurs.

Comme l’a expliqué Joe Tucci lors de son discours d’ouverture à EMC World, la nouvelle stratégie de « Software Defined Storage » de la firme a pour objectif de décloisonner le stockage dans les entreprises tout en simplifant son administration. Tucci a mis en avant son objectif de permettre aux clients d’avoir une vue horizontale de leur infrastructure et d’éviter de constituer des piles verticales étanches : «  si une entreprise empile les applications côte à côte chacune avec son propre stockage, la photo finale est très éloignée des idéaux du cloud » a-t-il expliqué. « Dans un monde idéal, la couche de stockage est horizontale et accessible à l’ensemble des applications. Bien sûr il faudra toujours des typologies de stockage différentes, mais c’est la couche de virtualisation qui se chargera automatiquement de router les applications vers le pool de ressources adapté». ViPR devrait être disponible au second semestre dès que VMware aura lancé la dernière mouture de sa plate-forme de virtualisation vSphere