Valérie Liard, 43 ans, dirige l’infrastructure du Pôle Solutions & Technologies de Tessi Documents Services depuis 7 ans. Un métier dans lequel il ne faut pas manquer d’épaules : la bonne marche de plus de 1 000 serveurs hautement critiques pour 1 500 prestations d’entreprises du secteur de la finance dépend d’elle. Les contraintes sont légions – données à livrer à heures fixes, respect des réglementations, pics d’activité extrêmes à absorber, intégration des SI issus de nombreux rachats – et il faut savoir mobiliser les 110 personnes de l’équipe technique sur le respect des engagements.

Le talent de s’imposer

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Valérie Liard, Directeur Infrastructure Pôle Solutions & Technologies Tessi Documents Services

« Le plus difficile n’est pas d’être une femme dans ce milieu masculin, mais d’être un sous-traitant des entreprises du monde de la finance. Je suis l’experte qui a fort à faire sur le terrain, mais qui se rend toujours disponible pour aider les avant-ventes et expliquer nos offres techniques aux clients. Quand j’arrive et que je leur tiens un discours plus technique que celui auquel ils s’attendaient, ils sont assez vite rassurés », explique-t-elle.

En vérité, c’est avec les fournisseurs que Valérie Liard doit le plus batailler pour affirmer sa légitimité. « Lors de consultation, certains commerciaux ne veulent parler qu’aux hommes. Mais ils comprennent vite qu’ils n’arriveront à rien s’ils ne passent pas par la case Valérie. Je m’impose en rentrant tout de suite dans la technique, à leur grande surprise. Hélas, certains fonctionnent sur le seul rapport de force, alors je leur fais  ressortir leurs erreurs. J’aime bien leur dire : alors, qui avait raison ? »

Le goût d’apprendre, surtout si c’est technique

Diplômée ingénieure en 1996 à L’EPF de Sceaux (92), Valérie Liard obtient ensuite un Master à l’INT d’Evry (91), avant d’être recrutée par l’antenne lyonnaise de France Télécom. Elle part quelque temps après faire du consulting chez Altran à Lille, où elle se spécialise dans la maîtrise d’ouvrage des ERP.

En 2004, elle intègre le groupe Pinault-Printemps-Redoute en tant que responsable des études, où elle accompagne le lancement du site LaRedoute.fr. « C’est La Redoute qui m’a fait aimer la partie infrastructure du SI. Il y a quelque chose d’excitant dans les challenges techniques relevés au quotidien pour gérer les pics d’activité des systèmes, avec des modèles de transformation complexes qui font pourtant qu’on a envie de mener à bien les projets », raconte-t-elle. Elle revendique aimer comprendre. « J’ai appris VMware sur le tas. Je me suis formée à ITIL, ce qui m’a permis de faire grandir les équipes d’exploitation et support, à CMMI pour faire de même avec les développeurs. Aujourd’hui, j’avale les documentations de la norme ISO 27001 et 27002 pour accompagner TESSI vers la certification. « J’ai une appétence pour apprendre et comprendre. J’aime aussi partager ce savoir avec mes équipes. D’une question sur un dossier, un collaborateur peut recevoir une formation complète détaillée», s’amuse-t-elle !

Prendre du recul pour mieux transformer

Chez La Redoute, elle est formée à la culture des résultats et à l’approche pragmatique des projets. À un moment donné, on la sollicite pour externaliser l’infrastructure chez Atos. « Oh, bien sûr, cette externalisation m’a valu des tracts de la part des syndicats. Mais dès lors que la direction est sponsor du projet, cela revient à du pilotage de politique du changement. J’ai appris à faire faire et j’ai fait évoluer les métiers en interne. Ce qui m’a ensuite encore servi chez TESSI en étant côté prestataire cette fois. On dit de moi que je suis un TGV : ceux qui ont embarqué avec moi dans l’aventure ne l’ont pas regretté, je les ai fait évoluer dans leur métier », lance-t-elle.

En 2009, elle déménage à Bordeaux pour raisons personnelles et se fait rapidement embaucher par le groupe TESSI. « Certes, la grande distribution n’a rien à voir avec les banques. Chez La Redoute, la gouvernance des métiers était commandée par le CA journalier, alors que chez TESSI c’est le respect des contrats à la bonne heure qui compte. En revanche, la production informatique reste la même : avant, je voyais défiler des milliers de chaussettes, maintenant je vois passer des millions d’images de documents. Et mon rôle consiste toujours à expliquer comment transformer un métier par l’informatique d’une manière industrielle et sécurisée», dit-elle.

Un confrère dit un jour d’elle qu’elle est une main de fer dans un gant de velours. « Mon métier ne m’empêche pas d’avoir de l’affect, mais je le mets de côté quand je dois faire face à des projets sensibles. Ma méthode consiste à prendre du recul, à définir les  objectifs de chacun, afin qu’ils se noient dans des projets compliqués. Ceux qui y parviennent, deviennent des collaborateurs performants. C’est comme ça que l’on fait des transformations », estime-t-elle.

Elle désespère d’embaucher des femmes

Valérie Liard peut se targuer d’avoir réussi la première partie de sa carrière. Si c’était à refaire, cette insatiable aimerait tester quelque chose de totalement différent, sans doute partir à l’international. Elle n’a qu’un regret : « je désespère d’embaucher des femmes ! J’ai monté une équipe d’experts sur le cloud privé de TESSI, je n’ai jamais reçu de CV de femmes. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que l’infrastructure, c’est en grande partie de la mobilisation aussi les soirs et week-end et les femmes redoutent de devoir sacrifier soit leur carrière, soit leur vie privée. Mais en tant que maman, je suis la preuve que ce n’est pas une contrainte insurmontable », lance-t-elle.